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saison 17

 

 

 

 

 

NO ANGER

Morceaux choisis

 

 du 10 juillet au 20 septembre

 

 

 

 

Une vitrine rend visible. Une vitrine expose. Une vitrine offre au regard des passant-e-s des objets, des œuvres, des corps aussi parfois. Une vitrine fragmente l’espace : les spectateur-trice-s sont séparé-e-s de ce qu’ils et elles regardent.
               Comment visibiliser un corps – mon corps – socialement invisibilisé ou toujours montré de façon voyeuriste et sensationnaliste ? Le mettre en vitrine ? Me mettre en vitrine ? Oui, peut-être. Mais comment expliciter mon corps, sans l’exposer ?  Comment me protéger du regard, sans m’y soustraire ?
               La peau. La peau, ultime barrière du corps face au monde. Une barrière ambivalente, toutefois, car elle touche, frôle, se laisse toucher, frôler. À la fois barrière et ouverture au regard, elle offre ses marques, ses bleus, ses égratignures, ses cicatrices, ses poils, tant de signes qui écrivent un récit intime, qui échappe à l’essentialisation d’un regard trop pressé et trop éloigné, regard voyeur,  sensationnaliste, médical, qui a toujours pesé sur mon corps.
               À travers une esthétique fragmentaire et abstraite, ces autopeaurtraits traitent le corps comme un paysage. Ces paysages de peau déjouent la prétention, propre à la culture occidentale et capitaliste, de façonner à la fois les corps et leurs environnements, de les classer dans des taxinomies rigides, de les hiérarchiser enfin en décidant de leur diffusion (ou non) sur nos écrans.
S’érigeant contre l’imagerie de la radiographie médicale qui, en pénétrant le corps par-delà la peau, impose un récit qui objective les corps, Morceaux choisis se pense comme une anthologie de mon corps, qui, loin de le figer dans un récit, le réinvente. L’usage inédit du medium photographique et du diaporama fait écho aux travaux d’Hannah Villiger et de Nan Goldin. Les très gros plans rendent un corps illisible au regard dominant. Chaque cliché réécrit une narration qui peut se moduler. Montré à même la peau, le corps résiste au regard.

No Anger, juillet 2026

 

No Anger est artiste, auteurx, chercheurx et activiste queer et antivalidiste, basée à Lyon.

Après des études à l’Institut d’études politiques de Lyon et l’École normale supérieure de Lyon, No Anger
obtient, en 2019, un doctorat en sciences politiques. Sa thèse, Défier la sexualisation du regard. Analyse des
démarches contestataires des FEMEN et du post-porn, porte sur « la nudité et les représentations sexuelles
dans la contestation politique. ». Le travail de recherche analyse l’impact de l’imaginaire hégémonique produit
par la télévision, le cinéma et la publicité sur les perceptions des corps des femmes et des personnes LGBT+,
ainsi que les modalités de contestation de cette lecture dominante.
Les recherches de No Anger s’appuient sur l’étude des « scripts corporels » pour comprendre comment se forme
l’imaginaire dominant et comment celui-ci structure le regard social sur les corps et les discriminations qui en
découlent. Ses travaux examinent comment « ce que l’on imagine des corps influe sur les façons de les montrer
et de les regarder, ce qui influence les pratiques, notamment discriminatoires, des acteurs sociaux ».
La pratique artistique de No Anger mêle l’art vidéo, l’art-performance et l’écriture littéraire. Son approche
interroge les modes d’expression et de monstration des corps, visant à exprimer l’expérience de corps minorisés
qui s’affranchissent de leur monstration hégémonique.
Parmi les oeuvres les plus emblématiques figure Quasimodo aux miroirs, performance chorégraphique
présentée pour la première fois au MAC VAL en 2018. Cette œuvre propose de nouvelles esthétiques du « corps
handicapé » et articule les luttes féministes, queer et antivalidistes. La performance a également été créée en
version duo, notamment avec l’artiste et philosophe Emma Bigé. L’œuvre explore la manière dont « Quasimodo
m’a peu à peu appris à me croire un corps repoussoir. […] Comment les logiques sociales, par le biais des
productions culturelles, ont-elles façonné ma narration intime et construit mon rapport au désir ? ».
Son travail théorique développe le concept de « corps-repoussoirs », qui « repose sur l’idée que certaines
représentations de corps, les corps fictifs, structurent un certain regard sur les corps, et reflètent les façons dont
on montre les corps dans le monde social. »
En 2022, No Anger cofonde avec Lucie Camous le collectif Ostensible, structure de recherche-création qui mènent une réflexion intersectionnelle et transdisciplinaire sur le
handicap et le validisme.

blog de l’artiste